Au Burundi, le diabète prend une ampleur alarmante, notamment chez les jeunes. Si les données médicales révèlent une croissance régulière des cas, une autre réalité plus douloureuse touche les enfants atteints de cette maladie chronique : la stigmatisation. Dans un contexte où l’ignorance et les croyances traditionnelles dominent encore, ces enfants se retrouvent exclus, incompris, et parfois injustement accusés de maladies honteuses comme le VIH/SIDA.
Alors que le diabète de type 1 chez les moins de 19 ans a été multiplié par cinq en Afrique entre 2011 et 2021, le Burundi n’est pas épargné. Le Centre de Lutte Contre le Diabète (CELUCODIA) basé à Cibitoke, dans un interview relayé par le journal africa et Burundi Eco; indique que le nombre de jeunes patients est passé de 30 en 2012 à 268 en avril 2023. Au niveau national, on estime à 923 le nombre de cas recensés chez les moins de 25 ans. Cette tendance inquiétante reflète une urgence sanitaire et sociale.
Une maladie en progression silencieuse

Le diabète est une maladie caractérisée par une hyperglycémie chronique; un taux de sucre élevé dans le sang. Il existe principalement deux types : le diabète de type 1, souvent diagnostiqué chez les jeunes, et le type 2, plus fréquent chez les adultes.
Selon le Dr François Ndikumwenayo, président de l’association NCD Alliance Burundi, « le diabète ne fait pas de bruit, mais il se répand silencieusement parmi les jeunes générations, surtout en l’absence de dépistage précoce et d’information. »
Malheureusement, de nombreux enfants sont diagnostiqués tardivement, souvent après des complications graves, car les signes sont mal connus, voire ignorés. La stigmatisation sociale décourage parfois les familles à consulter rapidement.
Les causes du diabète chez les enfants au Burundi
Au Burundi, les causes du diabète chez les enfants sont multiples et souvent interconnectées. Une alimentation de plus en plus déséquilibrée, marquée par la consommation excessive de produits sucrés et transformés, combinée à une sédentarité croissante liée à l’usage des écrans, favorise l’apparition de la maladie. À cela s’ajoutent des facteurs héréditaires, notamment pour le diabète de type 1, ainsi qu’un manque général de sensibilisation chez les parents, les enseignants et même certains professionnels de santé, ce qui retarde le diagnostic et la prise en charge.diabète.
Témoignage : Channella, 14 ans, victime de préjugés
Channella, 14 ans, originaire de Cibitoke, a traversé une épreuve marquante avant que son diabète ne soit reconnu.
« Quand j’ai commencé à tomber malade, les gens disaient à mes parents que j’avais le SIDA », raconte-t-elle.
« Nous sommes allés à l’hôpital de Cibitoke. Ils ont découvert que j’étais diabétique. J’ai passé une semaine dans le coma et trois mois à l’hôpital. »
Avant le diagnostic, son état se dégradait : pieds enflés, perte d’appétit, plaies qui ne cicatrisaient pas. Ses parents ont même essayé la médecine traditionnelle, sans succès. C’est grâce à l’intervention d’un volontaire de NCD Alliance Burundi qu’elle a pu accéder à un traitement adapté et bénéficier d’un accompagnement moral.
Symptômes et traitement à ne pas ignorer
Le diabète chez l’enfant peut facilement passer inaperçu, car ses symptômes sont souvent discrets ou confondus avec d’autres maladies courantes. Parmi les signes les plus fréquents figurent une soif excessive, des mictions fréquentes, un amaigrissement rapide, une fatigue persistante, une perte d’appétit, des plaies qui guérissent mal, une vision trouble ainsi que des infections répétées. La vigilance face à ces manifestations est essentielle pour un dépistage et une prise en charge précoces.
Bien que le diabète ne puisse être guéri, il peut être géré efficacement grâce à un traitement rigoureux incluant des injections d’insuline (notamment pour le type 1), une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et un suivi glycémique constant. Cependant, au Burundi, l’accès à l’insuline demeure un défi majeur, en particulier dans les zones rurales, où certaines familles se retrouvent face à des choix déchirants entre se nourrir ou acheter les médicaments nécessaires.
L’école : un lieu de stigmatisation au lieu de soutien
Le véritable défi pour les enfants diabétiques ne se limite pas aux injections et aux régimes alimentaires : il se joue dans la cour d’école, dans la salle de classe et dans le regard des autres.
Par ignorance ou peur, certains enseignants ou élèves accusent ces enfants d’être porteurs de maladies contagieuses. Ils sont parfois exclus, empêchés de manger avec les autres, ou isolés. Des cas extrêmes rapportent même des interdictions de fréquenter certains établissements scolaires.
« Ces enfants sont parfois vus comme maudits ou punis par des forces surnaturelles. Certains parents d’élèves demandent leur retrait de la classe, pensant qu’ils vont “contaminer” les autres », déplore Dr François Ndikumwenayo.
La stigmatisation des enfants diabétiques entraîne de graves conséquences psychologiques et sociales. Elle peut provoquer un échec scolaire dû à des absences répétées ou à un abandon des études, un isolement social lié au rejet par les camarades, ainsi que des troubles tels que la dépression et l’anxiété. Par peur du regard des autres, certains enfants vont jusqu’à refuser leur traitement ou à le cacher, mettant leur santé en danger. D’autres, faute de soutien et d’information, se tournent vers des pratiques traditionnelles inefficaces, au détriment d’une prise en charge médicale appropriée.
La protection des enfants diabétiques passe par une mobilisation collective des enseignants, des parents et des autorités. Il est essentiel de sensibiliser le personnel éducatif pour instaurer un climat scolaire inclusif, de former les parents à reconnaître les signes de la maladie, et d’offrir un accompagnement psychologique adapté aux enfants concernés. L’éducation des élèves est également cruciale pour déconstruire les préjugés, tout comme le renforcement des compétences du personnel médical scolaire. Des initiatives comme celles de l’association NCD Alliance Burundi, qui mène des sessions de sensibilisation et soutient les familles vulnérables, montrent déjà la voie à suivre.
Photo de Dr François Ndikumwenayo
Et l’État dans tout ça ?
Face à l’urgence croissante du diabète chez les enfants, les autorités burundaises sont appelées à agir de manière décisive. Il est nécessaire d’intégrer l’éducation sur le diabète dans les programmes scolaires, de faciliter l’accès à l’insuline et aux outils de diagnostic par des subventions, et de mettre en place un dépistage systématique dans les écoles. Des campagnes médiatiques doivent également être lancées pour combattre la stigmatisation, tout en soutenant la recherche locale sur le diabète infantile afin d’adapter les réponses aux réalités du pays.
Le diabète chez l’enfant n’est ni une fatalité ni une malédiction, mais une maladie chronique qui peut être bien gérée à condition de surmonter l’ignorance, la peur et les préjugés culturels. Il est crucial que les écoles deviennent des espaces de soutien plutôt que de rejet, et que le silence autour du diabète soit brisé. Comme le témoigne Channella, malgré la différence que cette maladie impose, un accompagnement adéquat permet aux enfants de continuer à rêver et à vivre pleinement.
Eraste Manishaka
Rédaction radio ISOKO FM RBDC







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