Sur 815 femmes dépistées dans la province de Butanyerera les 28 et 29 octobre 2026, environ 11,7 % présentent des signes évocateurs de lésions précancéreuses du col de l’utérus. Parmi elles, 2,6 % nécessitent une prise en charge spécialisée en raison de lésions à un stade avancé. Organisée par le ministère de la Santé publique en collaboration avec la CONAMUS, cette campagne met en lumière l’importance du dépistage précoce face à une maladie qui demeure un sérieux défi sanitaire au Burundi.

Le cancer du col de l’utérus continue de représenter une menace importante pour la santé des femmes au Burundi. Selon les données citées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), sur une periode de 2017 à 2022. environ 1 581 nouveaux cas et 1 126 décès liés à cette maladie ont été rapportés dans les statistiques de référence GLOBOCAN 2020/2022. À l’échelle mondiale, ce cancer occupe le quatrième rang parmi les cancers les plus fréquents.Il figure parmi les cancers les plus répandus chez les femmes au Burundi et constitue une cause majeure de mortalité par cancer féminin.
C’est dans ce contexte que le ministère de la Santé publique, à travers le Programme national de santé de la reproduction (PNSR), en collaboration avec la Confédération nationale des mutuelles de santé (CONAMUS), a organisé, les 28 et 29 octobre 2026, une campagne de dépistage du cancer du col de l’utérus et de traitement des lésions précancéreuses dans toutes les communes de la province de Butanyerera. Destinée aux femmes âgées de 30 ans et plus, cette initiative s’est déroulée dans huit établissements hospitaliers : Ngozi, Kiremba, Musenyi, Kayanza, Musema, Gahombo, Kirundo et Mukenke.
Selon le Dr Guillaume Ntawukuriryayo, médecin provincial, cette campagne visait notamment à dresser un état des lieux de la situation de cette maladie dans la province. Sur les 815 femmes examinées, environ 11,7 % présentaient des signes évocateurs de lésions précancéreuses. Si la majorité des femmes concernées ont pu bénéficier d’une prise en charge sur place, 2,6 % présentaient des lésions à un stade avancé, nécessitant des soins spécialisés dans des structures sanitaires disposant d’un plateau technique adapté.
Face à cette situation,Dr Guillaume a annoncé que les femmes nécessitant des soins plus avancés seraient accompagnées par la province à travers le dispositif gouvernemental de prise en charge des personnes vulnérables, afin de leur permettre d’accéder aux traitements appropriés.

Une mobilisation remarquable des femmes
Au-delà des statistiques, la campagne a été marquée par une forte mobilisation communautaire. À l’hôpital de Musema, dans la commune de Kayanza, Nkunzwenimana Philotte, participante à cette initiative, s’est réjouie de l’accueil réservé par le personnel médical et surtout de la gratuité des soins. Elle souligne que le manque de moyens financiers constitue souvent un obstacle à l’accès aux services de santé. Elle encourage ainsi les autres femmes à se faire dépister sans attendre l’apparition de symptômes. Elle s’engage également à sensibiliser son entourage pour favoriser une participation massive aux prochaines campagnes, tout en remerciant le ministère de la Santé publique et ses partenaires.
À l’hôpital de Gahombo, dans la commune de Muhanga, l’engouement était tout aussi remarquable. Certaines femmes venues de localités éloignées ont même passé la nuit aux abords de l’établissement hospitalier dans l’espoir de bénéficier du dépistage. Cette mobilisation n’est pas le fruit du hasard. Elle a été soutenue par des actions de sensibilisation menées à travers les mutualistes, les Églises, les structures administratives locales ainsi que les médias et les radios communautaires.
Pour le Dr Ntawukuriryayo, des cas présentant des signes suspects ont été identifiés dans tous les districts sanitaires de la province. Il appelle les femmes à ne pas avoir peur du dépistage, rappelant que la détection précoce permet d’intervenir à temps et d’améliorer les chances de guérison.
De son côté, Béatrice Niyonzima, Directrice nationale de la CONAMUS, partenaire de cette initiative, indique que des démarches seront entreprises auprès des partenaires afin de mobiliser les ressources nécessaires à l’extension de cette campagne aux autres provinces du pays. Cette collaboration entre les services publics de santé, les mutuelles de santé et les communautés constitue un levier important pour rapprocher les services de prévention des populations, particulièrement des femmes les plus vulnérables.

La prévention, un autre front de lutte
Le cancer du col de l’utérus est principalement provoqué par une infection persistante au virus du papillome humain (VPH). Pourtant, cette maladie peut être largement prévenue grâce à la vaccination contre le VPH, au dépistage régulier et au traitement précoce des lésions précancéreuses. Dans cette perspective, le Burundi a franchi une étape importante le 29 avril 2026 avec l’introduction du vaccin contre le VPH, avec l’appui de Gavi, de l’UNICEF et de l’OMS. Cette vaccination cible notamment les jeunes filles âgées de 9 à 14 ans.
Les résultats enregistrés à Butanyerera rappellent ainsi qu’au-delà des campagnes ponctuelles, la lutte contre le cancer du col de l’utérus nécessite une mobilisation durable, un accès équitable au dépistage et une sensibilisation continue. Car derrière chaque femme dépistée se trouve une possibilité de détecter la maladie à temps et, potentiellement, de sauver une vie.







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