Au Burundi, les mutuelles communautaires de santé s’imposent progressivement comme un mécanisme essentiel de solidarité et de protection des ménages contre le poids des dépenses médicales. Regroupées au sein de la Confédération Nationale des Mutuelles Communautaires de Santé (CONAMUS), elles couvrent aujourd’hui 249 447 personnes et ambitionnent de contribuer davantage à la réalisation de la couverture sanitaire universelle.

« Se soigner sans se ruiner » : derrière cette ambition se trouve un principe simple, celui de mettre les ressources en commun pour permettre à chacun d’accéder aux soins lorsqu’il tombe malade. C’est dans cette logique que les mutuelles communautaires de santé poursuivent leur développement au Burundi.
L’information sur le nombre de bénéficiaires a été donnée par Béatrice Niyonzima, Directrice nationale de la CONAMUS, lors d’une émission spéciale de la synergie de huit radios, organisée le jeudi 6 août 2026.
Un mouvement né il y a plus de trois décennies

Le mouvement des mutuelles communautaires de santé au Burundi remonte à 1990. Selon le Dr Édouard Nkurunziza, président de la Plateforme des Acteurs des Mutuelles de Santé du Burundi (PAMUSAB), les premières initiatives ont été lancées dans le diocèse de Gitega, avant de progressivement s’étendre à l’ensemble du pays.
Aujourd’hui, le réseau compterait environ 130 mutuelles communautaires, tandis que le nombre d’adhérents continue d’augmenter au fil des années. Selon le Dr Nkurunziza, plus de 90 % des membres reconnaissent l’utilité de ces organisations dans l’accès aux soins.
Les mutuelles permettent notamment à leurs membres de bénéficier d’une prise en charge des soins et de faciliter l’accès aux médicaments. Dans certains cas, des pharmacies privées partenaires peuvent fournir les médicaments prescrits lorsque ceux-ci ne sont pas disponibles dans les établissements de santé.
Pour le président de la PAMSAB, cette organisation collective permet aux familles de ne pas affronter seules les dépenses liées à la maladie. Il appelle ainsi davantage de Burundais à adhérer aux mutuelles et à mettre leurs ressources en commun pour pouvoir accéder aux soins plus facilement.
Un bouclier pour les ménages

Au-delà de la santé, les mutuelles communautaires jouent un rôle économique important. Une maladie peut rapidement absorber les revenus d’une famille à travers les frais de consultation, d’examens, de médicaments ou d’hospitalisation.
Lorsque ces dépenses sont trop lourdes, certains ménages sont contraints de vendre leurs biens, de s’endetter ou de réduire leurs dépenses consacrées à l’alimentation, à l’éducation ou aux activités génératrices de revenus.
C’est précisément contre ce risque que les mécanismes de mutualisation peuvent constituer un véritable bouclier social et économique.
Dr Salvator Ndayitwayeko, directeur technique au secrétariat exécutif permanent de la Commission nationale pour la protection sociale (CNPS), souligne l’importance de ces mécanismes pour éviter que la maladie ne conduise davantage de familles dans la précarité.
Il a également rappelé la politique nationale de protection sociale couvrant la période 2024-2033, qui prévoit notamment l’identification des personnes dépourvues de couverture médicale afin de déterminer celles qui doivent bénéficier d’un accompagnement.
Se soigner tôt pour éviter les complications

Pour Blaise Irankunda, professeur à l’Université du Burundi et chercheur dans le domaine de la santé en général et de la protection sociale en particulier, disposer d’une couverture médicale constitue également un moyen de lutter contre les décès évitables.
Lorsqu’une personne sait qu’elle pourra bénéficier d’une prise en charge, elle est davantage susceptible de consulter dès l’apparition des premiers symptômes, plutôt que d’attendre que la maladie s’aggrave.
Dr Guillaume, directeur de l’hôpital régional de Ngozi pendant dix ans et aujourd’hui directeur de la province sanitaire de Butanyerera, en témoigne également. Selon lui, les soins peuvent coûter cher, mais la situation devient plus supportable lorsqu’une personne dispose d’une couverture médicale.
Il constate que certains patients sans couverture arrivent dans les structures sanitaires avec des maladies déjà très avancées. Le manque d’argent peut également les empêcher de réaliser certains examens ou de suivre correctement les traitements prescrits.
À l’inverse, les personnes disposant d’une couverture peuvent consulter plus tôt, ce qui facilite le travail des professionnels de santé et permet une prise en charge plus rapide.
La CONAMUS, un acteur clé de la couverture sanitaire universelle
Dans cette dynamique, la CONAMUS joue un rôle central. En regroupant et en représentant les mutuelles communautaires, elle contribue à renforcer leur organisation, leur coordination et leur capacité à défendre les intérêts des mutualistes.
Son rôle dépasse donc la simple gestion de la prise en charge des soins. Il s’agit également de sensibiliser la population, de promouvoir la solidarité communautaire et de plaider pour un environnement favorable au développement des mutuelles.
Pour les participants à l’émission, plusieurs défis restent toutefois à relever. Ils citent notamment l’absence d’un cadre légal suffisamment incitatif pour encourager davantage de citoyens à adhérer aux mutuelles, ainsi que la nécessité de renforcer les infrastructures, les équipements et la qualité des soins.
Ils recommandent également une sensibilisation plus importante de la population, un soutien accru aux mutuelles communautaires et une implication plus forte de l’État dans l’identification et l’accompagnement des personnes qui ne disposent d’aucune couverture médicale.
Vers une santé accessible à tous
Avec 249 447 personnes déjà couvertes, les mutuelles communautaires représentent un acquis important, mais le chemin vers la couverture sanitaire universelle reste encore long.
Pour la CONAMUS et ses partenaires, l’enjeu est désormais d’élargir cette protection afin que davantage de familles puissent accéder aux soins sans être financièrement déstabilisées par la maladie.
Car au-delà des statistiques, l’objectif est de faire de la santé un facteur de développement des ménages : une famille qui peut se soigner à temps est une famille qui préserve ses revenus, ses activités et son avenir.
Au Burundi, les mutuelles communautaires veulent ainsi porter un message simple : mettre ses moyens en commun aujourd’hui pour pouvoir se soigner demain sans se ruiner.







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